Etude des cétacés au large de la Guyane

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Ce projet est financé par l’Europe et la DEAL de Guyane

 

ICI un court documentaire sur la campagne :


Synthèse du projet

Les survols REMMOA réalisés en 2009 par l’observatoire Pelagis de La Rochelle puis les campagnes en mer du GEPOG en 2012 ont été les premiers à mettre en évidence que les eaux guyanaises abritent des communautés d’oiseaux marins et de cétacés parmi les plus abondantes et diversifiées de l’outremer français. Divers travaux ont par la suite identifié deux habitats prioritaires pour la conservation des cétacés en Guyane. Le premier est le milieu côtier (de la côte à 20 m de profondeur environ), où se concentrent les activités humaines et qui est fréquenté par le sotalie (Sotalia guianensis). Cette espèce endémique du Nord-Est de l’Amérique du Sud bénéficie depuis 2018 d’un programme d’actions dédié en Guyane. Le second habitat prioritaire est le tombant du plateau continental (profondeurs 100 à 3000 m), milieu caractérisé par les plus grandes diversité et densités de cétacés dans la ZEE de Guyane. C’est dans ce milieu que se concentraient les activités pétrolière, qui ne sont plus d’actualité en Guyane mais restent très présentes dans les pays voisins. C’est aussi dans ces eaux profondes que sont observés les cachalots (Physeter macrocephalus) et les baleines à bec (Ziphiidae), grands plongeurs particulièrement sensibles aux bruits de l’exploration pétrolière, mais aussi les rorquals (baleinoptéridés) qui comptent plusieurs espèces mondialement menacées.

Ce constat a amené notre association à proposer un projet d’amélioration des connaissances sur les cétacés au niveau du tombant par des campagnes en mer sur le catamaran Guyavoile. Quatre campagnes de dix jours environ ont réalisées en 2018, deux à la fin de la saison des pluies (juin-juillet) et deux à la fin de la saison sèche (septembre-octobre). Des observations visuelles ont été réalisées mais aussi des enregistrements sonores qui ont permis de renforcer la collecte de données sur les grands plongeurs qui sont difficiles à voir. En parallèle, différentes actions de communication ont été menées afin de partager nos nouvelles connaissances avec le plus grand nombre. Ce projet a été co-financé par les Fonds Européens pour de Développement Régional (FEDER) et la DEAL de Guyane. Il a été réalisé en collaboration avec : les bureaux d’études Biotope Guyane et Aquasearch (Martinique), l’association guyanaise GEPOG, la cellule COHABYS et l’Observatoire Pelagis de l’Université de La Rochelle, le laboratoire LIS de l’Université de Toulon et le CNRS.

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L’effort d’observation par météo favorable (Beaufort<5) a été de 1444 km en fin de saison des pluies et 1791 km en saison sèche. 64 points d’écoute ont été réalisés le jour et des enregistrements continus ont été réalisés durant 20 nuits. Des groupes de mammifères marins ont été observés à 64 reprises par météo favorable et 1475 individus ont été comptabilisés. 19 détections de cétacés ont été réalisées durant les points d’écoute de jour et 22 durant les enregistrements de nuit. Les campagnes ont aussi permis de collecter des informations sur les oiseaux marins. 567 groupes d’oiseaux ont ainsi été observés par météo favorable et 5228 individus ont été recensés.

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CARTE DE l’EFFORT RÉALISE DURANT LA CAMPAGNE OSL 2018                 

Afin de renforcer les analyses, deux autres jeux de données ont été utilisés. Le premier est celui de l’association GEPOG qui a été collecté en 2011-2012 durant une campagne organisée en 4 jours de mer environ tous les 2 mois, du milieu côtier au milieu océanique. Le second est celui du bureau d’étude COHABYS qui a été collecté début 2018 durant une campagne en mer organisée en 5 jours de mer par mois de janvier à mai au niveau du tombant. L’effort d’observation par conditions de mer favorable (Beaufort < 5) a été au total de 1961 km pour le GEPOG et 1491 km pour COHABYS. L’effort d’enregistrement acoustique a consisté en 55 points d’écoute pour le GEPOG et 17 nuits d’enregistrements continus pour COHABYS.

                    

Observations MM vulgarisées

  OBSERVATIONS ET PRINCIPAUX ENREGISTREMENTS DE CÉTACÉS RÉALISÉES DURANT LES CAMPAGNES OSL, GEPOG et COHABYS

Les campagnes du GEPOG, de COHABYS et d’OSL ont permis d’identifier visuellement 4 familles et 15 espèces de cétacés : un kogiidé, le cachalot nain (Kogia sima), un physeteridé, le cachalot, un baleinoptéridé, la baleine à bosse (Megaptera novaeangliae), ainsi que 12 espèces de delphinidés. S’y ajoute deux taxons détectés uniquement grâce aux enregistrements sonores : le rorqual boréal (Balaenoptera borealis) et des baleines à bec non identifiées à l’espèce (Ziphiidae spp.). Les delphinidés ont représenté entre 91 et 100 % des observations visuelles en fonction des campagnes et dominent donc largement la communauté. Dans le milieu côtier, nous avons observé presque exclusivement le sotalie (Sotalia guianensis). Au niveau du plateau continental (20 à 100 m de profondeur), les principales espèces observées ont été le dauphin commun à long bec (Delphinus delphis/capensis), le grand dauphin (Tursiops truncatus) et le dauphin tacheté de l’Atlantique (Stenella frontalis). Ces deux dernières espèces sont aussi fréquemment observées au niveau du tombant qui est le secteur privilégié du dauphin tacheté pantropical (Stenella attenuata), espèce la plus fréquemment observées durant les campagnes, mais aussi du péponocéphale (Peponocephala electra) et du dauphin à long bec (Stenella longirostris). Parmi les espèces plus rares mais emblématiques, la baleine à bosse a été observée autour de la sonde des 100 m, tandis que le cachalot, le cachalot nain et les baleines à bec ont été détectées entre les sondes 2500-3500 m.

La reproduction a été confirmée pour les delphinidés les plus communs, sans qu’une saisonnalité particulière soit mise en évidence. Des couples mères-petits de baleine à bosse ont été observés à deux reprises durant les campagnes OSL de saison sèche, dont un avec un petit de l’année. Enfin, des couples mères-petits de cachalot ont aussi été observés à deux reprises.

Diapositive1Au total, 30 espèces d’oiseaux marins ont été identifiées : 13 laridés (famille des mouettes, sternes et noddi), 6 procellaridés (puffins), 4 hydrobatidés (océanites), 3 stercorariidés (labbes), 2 sulidés (fous), la frégate superbe et le phaéton à bec rouge. La communauté est largement dominée par les laridés, qui ont compté pour 44% à 50% des observations en fonction des campagnes. Les puffins et les océanites sont aussi très présents dans la zone. Dans le milieu côtier, les espèces les plus observées ont été : la sterne de Cayenne (Thalasseus sandvicensis eurygnathus), la frégate superbe (Fregata magnificens), la mouette atricille (Leucophaeus atricilla) et la sterne royale (Thalasseus maximus). Ces deux dernières espèces sont aussi très présentes sur le plateau où les autres espèces dominantes sont : la sterne pierregarin (Sterna hirundo), l’océanite cul-blanc (Oceanodroma leucorhoa) et l’océanite de Wilson (Oceanites oceanicus). Les deux océanites sont aussi fréquemment observées au niveau du tombant, tout comme la sterne fuligineuse (Onychoprion fuscatus), qui a été particulièrement abondante, le noddi brun (Anous stolidus), le puffin majeur (Puffinus gravis), le puffin des anglais (Puffinus puffinus) et le puffin d’Audubon (Puffinus lherminieri).

 

Diapositive4Les caractéristiques des communautés de cétacés et d’oiseaux ont été comparées en fonction des saisons (petite saison des pluies, grande saison des pluies et saison sèche) et des habitats (plateau et tombant). Les résultats suggèrent que les saisons les plus sensibles pour la conservation des cétacés et des oiseaux marins au large de la Guyane sont la grande saison des pluies et la saison sèche. Au niveau spatiale, le secteur du talus semble plus prioritaire que le plateau pour les cétacés. Concernant les oiseaux, les deux secteurs semblent aussi sensibles l’un que l’autre. Ces résultats ne doivent pas faire oublier l’importance de la zone côtière, qui n’était pas l’objet de cette étude. En effet, celle-ci constitue l’habitat privilégié du sotalie, considéré comme menacé en Guyane, et elle est aussi le site privilégié d’alimentation de plusieurs espèces d’oiseaux menacées qui nichent sur l’île du Grand Connétable.

Diapositive2Ces résultats confirment ce que suggéraient les premières études réalisées en Guyane, à savoir que le territoire est fréquenté par des communautés d’oiseaux marins et de cétacés d’une diversité exceptionnelle. Parmi elles, 4 espèces de cétacés et 12 espèces d’oiseaux marins sont classées dans les listes rouges des espèces menacées dans le monde ou à l’échelle du territoire (Union pour la Conservation de la Nature, 2017). Par ailleurs, une part importante des populations mondiales de 3 espèces d’oiseaux marins menacées niche sur l’île du Grand Connétable. Enfin, si nos travaux ont permis d’identifier les principales espèces présentes ainsi que leur distribution et leur saisonnalité, de nombreuses questions demeurent, pour les espèces menacées en particulier.

La Guyane porte donc une responsabilité importante vis-à-vis de la préservation de la biodiversité de la grande faune marine outremer mais beaucoup reste à faire pour mieux la connaître et renforcer sa protection sur le territoire. Notre travail se termine donc par une liste de recommandations.

Pour en savoir plus : Rapport Scientifique Final

Diapositive5En parallèle de ces travaux d’études, de nombreuses actions ont été menées pour sensibiliser la population du territoire à la richesse de son patrimoine marin.

Pour le jeune public, des ateliers pédagogiques ont été organisés dans le cadre de l’initiative Pass’sport culture vacances 2018 (3 jours), des Green Days 2018 et 2019 (5 jours), d’animations en établissements scolaires (11 classes), de la nuit des musées 2018 au CSG, et de deux classes de mer. Au total, plus de 800 enfants et jeunes adultes ont participés à ces activités.

Pour le public adulte, nous avons régulièrement publié des articles sur la page Facebook et le site Internet OSL ; un café des sciences a été organisé en octobre 2018 à Cayenne et deux reportages ont été diffusés dans les informations du soir de Guyane 1ère en 2018.

 

La campagne en photos :